Chauffage collectif trop chaud : réglementation et solutions adaptées

# Chauffage collectif trop chaud : réglementation et solutions adaptées

Le chauffage collectif en copropriété représente un enjeu majeur de confort thermique et d’efficacité énergétique pour des millions de logements français. Lorsque les températures intérieures dépassent systématiquement les seuils réglementaires et que vous vous trouvez contraint d’ouvrir vos fenêtres en plein hiver pour rafraîchir votre appartement, la situation devient non seulement inconfortable mais également coûteuse et contre-productive sur le plan environnemental. Cette problématique de surchauffe concerne environ 18% des logements équipés de chauffage collectif selon l’Insee, générant des surconsommations pouvant atteindre 30% et des conflits récurrents entre copropriétaires. Face à ce défi technique et réglementaire, comprendre vos droits, les obligations légales du syndicat de copropriété et les solutions techniques disponibles devient indispensable pour retrouver un équilibre thermique optimal tout en maîtrisant vos charges.

Cadre réglementaire du chauffage collectif : décrets, arrêtés et températures légales

La réglementation française encadre strictement les températures de chauffage dans les espaces résidentiels collectifs depuis plusieurs décennies. Ce cadre légal, souvent méconnu des copropriétaires et locataires, établit des limites précises visant à concilier confort thermique, économies d’énergie et respect environnemental. Comprendre ces textes fondamentaux vous permet d’identifier rapidement les situations de non-conformité et d’agir efficacement.

Décret n°87-712 du 26 août 1987 : température conventionnelle de 19°C dans les logements

L’article R131-20 du Code de la construction et de l’habitation, issu du décret n°87-712 du 26 août 1987, constitue le texte de référence en matière de limitation thermique. Il stipule explicitement que « dans les locaux à usage d’habitation, les limites supérieures de température de chauffage sont fixées en moyenne à 19°C pour l’ensemble des pièces d’un logement ». Cette mesure, adoptée initialement après le premier choc pétrolier de 1974, définit une température maximale et non minimale, contrairement à ce que beaucoup pensent. La température doit être mesurée au centre de chaque pièce, à 1,50 mètre du sol, selon une méthodologie précise qui évite toute contestation.

Ce seuil de 19°C s’applique durant les périodes d’occupation du logement. Pour les absences prolongées, la réglementation prévoit des abaissements : 16°C pour une absence de 24 à 48 heures, et 8°C au-delà de deux jours. En pratique, les professionnels de la gestion thermique considèrent qu’une tolérance jusqu’à 22°C reste acceptable pour tenir compte des besoins spécifiques de certains occupants, notamment les personnes âgées ou les jeunes enfants. Au-delà de ce seuil, vous vous trouvez en situation de surchauffe caractérisée nécessitant des mesures correctives.

Arrêté du 23 juin 1978 : obligations du syndicat de copropriété en matière de régulation thermique

L’arrêté du 23 juin 1978 relatif aux installations fixes destinées au chauffage et à l’alimentation en eau chaude sanitaire des bâtiments d’habitation impose des obligations techniques précises aux syndicats de copropriété. Ces installations doivent impérativement comporter des

dispositifs de régulation automatique permettant d’ajuster la fourniture de chaleur en fonction de la température extérieure et des besoins réels des occupants. Concrètement, le syndicat des copropriétaires doit veiller à ce que la chaufferie soit équipée d’une régulation centralisée, avec sonde extérieure et loi d’eau, afin d’éviter les dérives de température. L’objectif est double : limiter la surchauffe chronique des logements et garantir une diffusion homogène de la chaleur dans l’immeuble, y compris dans les appartements situés en bout de réseau ou aux derniers étages.

Ce texte impose également la présence de dispositifs de réglage local (robinets ou vannes de réglage) sur les émetteurs de chaleur, ainsi qu’un entretien régulier des générateurs et des circuits de distribution. En cas de chauffage collectif trop chaud, l’absence de régulation performante ou de réglage fin des installations peut constituer un manquement aux obligations du syndicat. Vous êtes alors en droit de demander un audit de la chaufferie et de la régulation, voire une mise à niveau des équipements pour revenir à une température conforme aux 19°C de référence.

Loi ELAN et article 24 : dispositifs de comptage individuel obligatoires depuis 2020

Depuis la loi ELAN (Évolution du logement, de l’aménagement et du numérique) du 23 novembre 2018, le principe d’individualisation des frais de chauffage en immeuble collectif a été considérablement renforcé. L’article 24 impose, lorsque cela est techniquement possible et économiquement pertinent, l’installation de dispositifs permettant de mesurer la consommation de chaleur de chaque logement. L’objectif est clair : responsabiliser chaque occupant, limiter les comportements énergivores et réduire la surchauffe injustifiée.

Concrètement, deux technologies sont principalement utilisées : les compteurs individuels d’énergie thermique (CET), installés à l’entrée de chaque logement, et les répartiteurs de frais de chauffage (RFC), positionnés sur chaque radiateur lorsque le comptage par logement est impossible. Depuis le 25 octobre 2020, la quasi-totalité des copropriétés dont la consommation annuelle dépasse 80 kWh/m²/an doivent être équipées de tels dispositifs. Si vous vivez dans un immeuble ancien encore facturé “au tantième” sans comptage individuel, il est probable que la copropriété soit en retard sur ses obligations.

Cette individualisation est un levier puissant contre le chauffage collectif trop chaud : lorsque chacun paie sa part réelle, les fenêtres restent moins longtemps ouvertes en plein hiver et les consignes de température deviennent plus raisonnables. Selon l’Ademe, ce passage à une facturation au réel permet en moyenne une économie de 15 % sur les consommations de chauffage, sans perte de confort lorsque la régulation est correctement paramétrée.

Sanctions pénales et amendes pour non-respect des normes thermiques en copropriété

Le non-respect des obligations en matière de régulation thermique et d’individualisation des frais de chauffage ne reste pas sans conséquence. L’administration peut contrôler les copropriétés et exiger la production de justificatifs attestant de la présence de compteurs individuels ou de répartiteurs, ou encore de l’impossibilité technique de les installer. En l’absence de mise en conformité dans les délais, le syndicat des copropriétaires s’expose à une amende pouvant aller jusqu’à 1 500 € par logement et par an, jusqu’à régularisation de la situation.

Sur le plan civil, la surchauffe persistante peut également être considérée comme un trouble de jouissance. La jurisprudence est claire : la cour d’appel de Paris a ainsi condamné une copropriété à indemniser un copropriétaire dont le logement était maintenu à plus de 23°C malgré ses demandes, au mépris du plafond réglementaire de 19°C. Si votre appartement est en permanence surchauffé et que votre seule solution est d’ouvrir les fenêtres, vous pouvez documenter les températures (thermomètre, relevés datés) et envisager un recours, après avoir mis en demeure le syndic de corriger les réglages.

Systèmes de régulation et pilotage automatique des installations collectives

Pour traiter durablement un problème de chauffage collectif trop chaud, il ne suffit pas de baisser arbitrairement la consigne de la chaudière. C’est l’ensemble du système de régulation qui doit être optimisé : robinets thermostatiques, centrale climatique, comptage individuel, voire supervision à distance de la chaufferie. Ces équipements permettent d’ajuster en temps réel la puissance fournie, comme on modulerait précisément l’arrosage d’un jardin plutôt que d’ouvrir un robinet à fond en permanence.

Robinets thermostatiques programmables : modèles danfoss living eco et netatmo

Les robinets thermostatiques programmables constituent la première brique d’une régulation efficace au niveau du logement. Installés sur chaque radiateur, ils mesurent la température ambiante et ajustent automatiquement le débit d’eau chaude traversant l’émetteur. Les modèles récents, comme le Danfoss Living Eco ou les vannes thermostatiques Netatmo, vont plus loin en permettant une programmation horaire fine et un pilotage à distance via smartphone.

Dans un contexte de chauffage collectif trop chaud, ces dispositifs vous évitent de jouer sans cesse avec les robinets manuels ou d’ouvrir les fenêtres. Vous pouvez, par exemple, définir 19°C dans le séjour en journée, 17°C dans les chambres la nuit, et réduire la température lors de vos absences. Bien dimensionnés et correctement paramétrés, ces robinets connectés peuvent générer jusqu’à 15 % d’économies supplémentaires sur votre facture de chauffage, tout en améliorant votre confort thermique pièce par pièce.

Centrales de régulation climatique : sonde extérieure et loi d’eau adaptative

Au niveau de la chaufferie, la pièce maîtresse est la centrale de régulation climatique. Elle pilote la température de départ de l’eau chaude en fonction de la température extérieure grâce à une sonde extérieure et à une loi d’eau (une courbe reliant température extérieure et température de départ). Lorsque la température extérieure remonte, la régulation doit automatiquement abaisser la température de l’eau dans le réseau, évitant ainsi les radiateurs brûlants en intersaison.

Les centrales modernes disposent d’algorithmes adaptatifs qui affinent cette loi d’eau au fil du temps, en tenant compte de l’inertie du bâtiment, de son isolation et des retours d’eau. Elles peuvent aussi gérer des “ralentis de nuit”, en abaissant la consigne générale pendant les heures creuses. Si votre immeuble connaît de fortes surchauffes dès qu’un rayon de soleil apparaît, c’est souvent le signe d’une loi d’eau mal réglée ou d’une sonde extérieure mal positionnée (exposée au soleil, trop près d’une source de chaleur).

Répartiteurs de frais de chauffage électroniques conformes à la directive 2012/27/UE

Les répartiteurs de frais de chauffage électroniques sont des petits appareils fixés sur chaque radiateur des logements. Conformes à la directive européenne 2012/27/UE sur l’efficacité énergétique, ils mesurent la température du radiateur et celle de la pièce, puis calculent une “unité de consommation” propre à chaque émetteur. Ces données sont relevées à distance et transmises au gestionnaire, qui peut alors répartir les coûts de chauffage en fonction des consommations réelles de chaque appartement.

Dans un immeuble où la chaufferie fonctionne encore selon une logique “tout ou rien”, ces répartiteurs introduisent une notion d’équité : si vous faites l’effort de ne pas surchauffer votre logement, votre facture s’en trouvera allégée. À l’inverse, ceux qui maintiennent des températures trop élevées paieront une part plus importante des charges. C’est un puissant signal économique pour limiter les abus et accompagner la baisse globale des consignes de température en copropriété.

Systèmes GTB et GTC : télégestion des chaufferies collectives via protocoles BACnet

Pour les grandes copropriétés ou les ensembles immobiliers complexes, la mise en place d’une GTB (Gestion Technique du Bâtiment) ou d’une GTC (Gestion Technique Centralisée) devient un atout majeur. Ces systèmes supervisent en temps réel l’ensemble des équipements techniques (chaufferie, ventilation, eau chaude sanitaire, éventuellement climatisation) et permettent un pilotage fin à distance grâce à des protocoles standardisés comme BACnet ou Modbus.

Concrètement, l’exploitant (Dalkia, ENGIE Solutions ou tout autre chauffagiste) peut ajuster les consignes, détecter les dérives de température, analyser les courbes de consommation et intervenir avant même que les occupants ne se plaignent. La GTB agit un peu comme un tableau de bord d’avion : au lieu d’attendre que la “tempête” de surchauffe s’abatte sur l’immeuble, le pilote anticipe les turbulences et corrige la trajectoire. Couplée à des capteurs IoT (température, débit, pression), cette supervision permet de réduire significativement les surchauffes, les déséquilibres hydrauliques et donc les charges de copropriété.

Mesures correctives immédiates face à une surchauffe en habitat collectif

Lorsque la surchauffe est déjà installée et que les travaux lourds ne sont pas encore décidés en assemblée générale, il est néanmoins possible de mettre en œuvre des mesures correctives rapides. L’objectif : limiter les excès de température sans attendre une rénovation complète de la chaufferie ou du réseau. Ces actions s’apparentent à des “réglages d’urgence” qui permettent de retrouver un confort acceptable et de réduire les pertes d’énergie les plus flagrantes.

Désactivation partielle des radiateurs par sectionnement hydraulique du circuit

Dans certains logements, la surchauffe est telle que les radiateurs sont brûlants en permanence, même robinets fermés. Une solution transitoire consiste à procéder à un sectionnement hydraulique partiel : le chauffagiste ferme ou réduit fortement le débit sur certains tronçons du circuit (par exemple dans les pièces les plus chaudes ou peu occupées), via des vannes de coupure situées en pied de colonne ou sur les boucles de distribution.

Cette démarche doit impérativement être réalisée par un professionnel, afin d’éviter de déséquilibrer davantage l’installation. L’idée n’est pas de “bricoler” en bouchant soi-même des tuyauteries, mais de redistribuer intelligemment le débit d’eau chaude vers les zones sous-chauffées au détriment des zones surchauffées. Pour vous, occupant, cela se traduit par des radiateurs moins torrides dans certaines pièces, une température plus homogène et une diminution de la tentation d’ouvrir les fenêtres en plein hiver.

Équilibrage hydraulique de l’installation : méthode TA-Hydronics et calcul des débits

Pour traiter la surchauffe à la source, l’équilibrage hydraulique de l’installation s’impose comme une étape clé. Une installation mal équilibrée se comporte comme un réseau routier sans limitation de vitesse : l’eau chaude circule préférentiellement dans les colonnes les plus proches de la chaufferie, laissant les plus éloignées en déficit de chaleur. Résultat : certains logements étouffent, quand d’autres grelottent.

La méthode préconisée par des spécialistes comme TA-Hydronics consiste à calculer précisément les débits nécessaires dans chaque branche et à régler les vannes d’équilibrage en conséquence. Le chauffagiste relève les caractéristiques de l’installation (longueurs de tuyaux, diamètres, pertes de charge), puis détermine les positions de réglage optimales pour chaque vanne. Une fois cet équilibrage effectué, la température de départ de la chaufferie peut souvent être abaissée de quelques degrés, réduisant mécaniquement les risques de surchauffe et les consommations d’énergie.

Installation de disconnecteurs et vannes d’équilibrage différentiel par colonne montante

Dans les réseaux anciens, il n’est pas rare de constater des circulations parasites, des retours d’eau mal contrôlés ou des phénomènes de thermosiphon qui entretiennent la surchauffe, même lorsque les robinets sont fermés. L’installation de vannes d’équilibrage différentiel et de disconnecteurs hydrauliques sur chaque colonne montante permet de mieux maîtriser ces écoulements et de stabiliser les pressions dans le réseau.

Ces équipements jouent un rôle de “régulateur de trafic” dans les colonnes : ils évitent que certaines lignes ne soient suralimentées en eau chaude au détriment des autres, et limitent les variations brutales de débit lorsque plusieurs robinets thermostatiques se ferment simultanément. Pour les occupants, le bénéfice est double : une température plus homogène d’un étage à l’autre et une réduction des bruits de circulation (sifflements, coups de bélier) souvent associés aux déséquilibres hydrauliques.

Recours et démarches administratives du locataire ou copropriétaire

Même avec les meilleurs dispositifs techniques, il arrive que la surchauffe persiste, faute de volonté du syndic ou d’écoute de la part du bailleur. Dans ce cas, vous disposez de recours juridiques et administratifs pour faire valoir vos droits à un chauffage collectif conforme à la réglementation. L’idée n’est pas d’entrer immédiatement dans un contentieux lourd, mais de suivre une progression logique : dialogue, mise en demeure, conciliation, puis, en dernier recours, action en justice.

Mise en demeure du syndic : modèle de lettre recommandée avec AR selon l’article 1719 du code civil

La première étape consiste à formaliser votre demande par écrit auprès du syndic (si vous êtes copropriétaire) ou du bailleur (si vous êtes locataire). L’article 1719 du Code civil impose en effet au bailleur de délivrer un logement décent et de maintenir les équipements en état de fonctionner, ce qui inclut un chauffage répondant aux normes légales. Une lettre recommandée avec accusé de réception permet de dater officiellement votre réclamation et de détailler les problèmes rencontrés.

Dans ce courrier, vous pouvez rappeler les textes applicables (article R131-20 du CCH, décret 87-712, surchauffe constatée au-delà de 22°C), joindre des relevés de température effectués sur plusieurs jours, et demander explicitement un réglage de la régulation, un audit énergétique simplifié ou la mise en conformité avec l’obligation d’individualisation des frais de chauffage. En l’absence de réponse ou de mesure corrective dans un délai raisonnable (généralement un mois), cette mise en demeure constituera une pièce importante en cas de saisine d’une instance de médiation ou d’un juge.

Saisine de la commission départementale de conciliation des litiges locatifs

Si vous êtes locataire et que votre bailleur ne réagit pas, vous pouvez vous tourner vers la commission départementale de conciliation (CDC). Cette instance gratuite et paritaire (représentants de bailleurs et de locataires) est compétente pour les litiges portant sur les charges locatives, la décence du logement et les manquements aux obligations de chauffage. Vous y exposez votre situation, surchauffe à l’appui, et la commission tente de trouver un accord amiable entre les parties.

La procédure est relativement simple : vous adressez un courrier à la CDC de votre département, accompagné des copies de vos échanges avec le bailleur, de vos relevés de température et, si possible, des factures de charges montrant une surconsommation. La commission convoque ensuite les deux parties pour une réunion de conciliation. Si un accord est trouvé (par exemple un engagement de réglage de la chaufferie ou d’installation de robinets thermostatiques), il est consigné par écrit. À défaut, un avis est rendu, que vous pourrez utiliser pour appuyer une éventuelle action devant le tribunal.

Recours au médiateur de la consommation : litiges avec les gestionnaires comme dalkia ou ENGIE solutions

Dans certains ensembles immobiliers, la gestion du chauffage collectif est confiée à un exploitant spécialisé, comme Dalkia, ENGIE Solutions ou d’autres sociétés de services énergétiques. En cas de désaccord persistant sur le niveau de température, la qualité de service ou la répartition des charges, vous pouvez recourir au médiateur de la consommation dont dépend le prestataire.

Chaque professionnel doit en effet désigner un médiateur compétent et mentionner ses coordonnées dans les contrats et documents d’information. Après avoir épuisé les voies de réclamation internes (service client, responsable d’agence), vous pouvez saisir ce médiateur gratuitement, généralement via un formulaire en ligne. La médiation n’a pas de caractère obligatoire pour vous, mais elle permet souvent de débloquer des situations tendues, en incitant l’exploitant à revoir les réglages de la chaufferie, à programmer un équilibrage hydraulique ou à proposer un plan d’actions correctives à la copropriété.

Optimisation énergétique et conformité RT 2012 des réseaux de distribution

Au-delà du simple respect des 19°C réglementaires, les copropriétés sont désormais incitées à viser une excellence énergétique compatible avec les exigences de la RT 2012 puis de la RE 2020. Un réseau de chauffage collectif performant ne se contente pas d’éviter la surchauffe : il limite les pertes thermiques, fonctionne à plus basse température et permet à terme l’intégration de solutions décarbonées comme les pompes à chaleur ou les réseaux de chaleur urbains.

Calorifugeage des canalisations selon la norme NF EN ISO 12241

Dans de nombreux immeubles, une partie importante des pertes de chaleur provient des canalisations non isolées qui traversent les caves, gaines techniques ou locaux non chauffés. Le calorifugeage, c’est-à-dire l’isolation thermique de ces tuyauteries, est encadré par la norme NF EN ISO 12241, qui définit les épaisseurs et matériaux d’isolant à mettre en œuvre en fonction des températures et des diamètres de tuyaux.

En pratique, un bon calorifugeage permet de réduire significativement la température de départ nécessaire et donc de limiter la surchauffe dans les appartements situés en tête de réseau. C’est un peu comme isoler les parois d’un thermos : au lieu de compenser les pertes par une eau de plus en plus chaude, on conserve mieux la chaleur là où elle est utile. Par ailleurs, ces travaux sont éligibles à des aides financières (CEE, MaPrimeRénov’ Copropriété), ce qui en fait un levier intéressant pour moderniser à moindre coût un système de chauffage collectif vieillissant.

Diagnostic thermographique infrarouge : détection des points de déperdition sur colonnes montantes

Pour cibler les interventions et éviter de “tirer au hasard”, de plus en plus de copropriétés recourent au diagnostic thermographique infrarouge. À l’aide d’une caméra thermique, le technicien visualise en temps réel les zones de déperdition de chaleur sur les colonnes montantes, les planchers, les murs ou les plafonds. Les tuyaux mal isolés, les ponts thermiques et les fuites apparaissent comme des “traînées chaudes” sur les clichés.

Ce diagnostic permet de prioriser les travaux (calorifugeage ciblé, reprise d’isolant, correction de fuites) et de mesurer l’impact des améliorations apportées. Dans le cadre d’un chauffage collectif trop chaud, la thermographie révèle souvent que la température élevée dans certains logements résulte autant d’apports parasites (colonnes brûlantes dans les gaines, tuyaux traversant des placards) que d’un réglage trop généreux de la chaufferie. En traitant ces points précis, on peut réduire la consigne générale sans dégrader le confort.

Conversion vers des systèmes basse température 45/35°C compatibles pompes à chaleur

Pour se mettre en conformité avec les futurs standards environnementaux et préparer une éventuelle conversion vers une pompe à chaleur collective, il est souvent pertinent de faire évoluer le réseau vers un fonctionnement basse température (par exemple 45/35°C au lieu de 70/50°C). Ce type de régime est beaucoup plus compatible avec les générateurs modernes à haute performance, qu’ils soient électriques (PAC) ou alimentés par des énergies renouvelables.

Cette conversion nécessite cependant de vérifier le dimensionnement des radiateurs ou de prévoir, à terme, le passage à des émetteurs plus grands (radiateurs à basse température, planchers chauffants). L’avantage, côté confort, est considérable : une eau moins chaude dans les radiateurs réduit les sensations de parois brûlantes et les risques de surchauffe localisée, tout en permettant une meilleure répartition de la chaleur. Côté consommation, la baisse du régime de température améliore sensiblement le rendement des générateurs, en particulier des pompes à chaleur.

Alternatives techniques au chauffage collectif traditionnel en rénovation

Dans certains cas, malgré les réglages, équilibrages et modernisations, le modèle même du chauffage collectif traditionnel montre ses limites : contraintes de gestion, conflits récurrents sur les consignes, difficulté à financer des travaux lourds. Des solutions alternatives existent, allant de l’individualisation complète des contrats d’énergie à l’installation de systèmes hybrides ou de planchers chauffants réversibles lors de rénovations lourdes.

Individualisation des contrats de fourniture : passage du collectif au chauffage autonome

Le passage d’un chauffage collectif à un chauffage individuel autonome est une option parfois envisagée par les copropriétés, surtout lorsque la chaufferie est en fin de vie ou que l’équilibrage du réseau est trop complexe. Chaque logement est alors équipé de sa propre chaudière (gaz, pompe à chaleur air/eau individuelle, etc.), avec un contrat de fourniture d’énergie séparé. Cette transformation nécessite l’accord de la copropriété (souvent à l’unanimité ou à la double majorité selon qu’il s’agit d’une amélioration) et une étude technique approfondie.

Sur le papier, cette solution offre une grande liberté : chacun gère sa température, ses horaires de chauffe et ses investissements. En pratique, elle peut cependant entraîner des coûts d’installation élevés, des contraintes d’espace dans les logements et une perte d’économies d’échelle sur l’entretien. Elle ne règle pas non plus les problèmes d’isolation ou de ponts thermiques entre logements. C’est donc une option à manier avec prudence, après comparaison sérieuse avec une modernisation du système collectif existant.

Solutions hybrides gaz-électrique : chaudières à condensation couplées à des radiateurs intelligents

Entre le tout collectif et le tout individuel, des solutions hybrides gaz-électrique se développent. Il peut s’agir, par exemple, d’une chaufferie collective gaz à condensation fonctionnant à plus basse température, couplée à des radiateurs intelligents pilotés individuellement dans chaque logement (robinets thermostatiques connectés, sondes d’ambiance, programmation pièce par pièce). Une régulation centrale répartit la chaleur de base, tandis que chaque occupant affine finement son confort.

Dans certains projets, l’hybridation consiste aussi à adjoindre une pompe à chaleur collective à la chaufferie gaz existante. La PAC couvre les besoins la majeure partie de l’année, en mode basse température, tandis que la chaudière prend le relais lors des pointes de froid. Cette approche réduit les émissions de CO₂, prépare la copropriété aux futures exigences réglementaires et limite le risque de surchauffe en permettant un pilotage plus souple de la production de chaleur.

Planchers chauffants hydrauliques réversibles : technologie uponor et rehau

Lors de rénovations lourdes (réfections complètes d’appartements, surélévations, transformations de bureaux en logements), l’installation de planchers chauffants hydrauliques réversibles peut constituer une alternative très confortable au chauffage par radiateurs. Les systèmes proposés par des fabricants comme Uponor ou Rehau fonctionnent à basse température et diffusent une chaleur douce et homogène par le sol, limitant fortement les phénomènes de surchauffe localisée.

En mode réversible, ces planchers peuvent également rafraîchir légèrement les pièces en été lorsqu’ils sont couplés à une pompe à chaleur adaptée, améliorant le confort global du bâtiment. Ils exigent toutefois une bonne isolation, une hauteur sous plafond suffisante et une coordination précise avec les autres corps d’état lors des travaux. Pour une copropriété qui engage une rénovation globale, les planchers chauffants hydrauliques représentent une solution d’avenir, compatible avec les exigences de la RE 2020 et avec une gestion fine des températures dans chaque logement, loin des excès du chauffage collectif trop chaud que l’on connaît encore trop souvent aujourd’hui.

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